Comme beaucoup de navires de cette époque, l'histoire de l'Angers est pleine de zones d'ombres.
Je vous ai présenté, jusqu'à présent, une version de son histoire qui me paraissait plausible, cependant elle est inexacte, car la découverte aux archives départementales de Loire Atlantique, de documents relatant la "vie" de ce navire, me montre que je m'étais trompé.
La première correction à porter, concerne le nom de ce navire. Depuis toujours, les plongeurs locaux appellent cette épave, le "Ville d'angers", en réalité il se nommait simplement "Angers".
Je vous livre la synthèse des informations qui a été recueillie aux archives départementales de Loire Atlantique à Nantes.

Steam Screw "ANGERS", propriété de la Compagnie du Chemin de Fer de Paris à Orléans . La gestion de la flotte de la compagnie est assurée par la Société Auxiliaire de Transport -1 Quai Jean Bart à Nantes
SS "ANGERS" Attaché au port de Nantes
Naufragé le 4 novembre 1918 en baie de Quiberon
longueur 76m66 - Largeur 13m28 - Hauteur sous le pont 5m54
Tonnage spécial pour la liquidation des primes 2182, 23
Jauge brut 1898.40 - Jauge net 1230.55
Un pont, deux mats, sans vaigrage - Coque acier - Deux chaudières
Machine verticale triple expansion, puissance 1300cv, construite par la Detroit Shipbuilding Company à Détroit Michigan.
Le SS "ANGERS" sorti en 1917 des ateliers de la Detroit Shipbuilding Company à Détroit.
Enregistré par le surveyor E.J. Evans au Lloyd's Register le 3 mai 1917 et livré par la Detroit Shipbuilding Company le 4 mai 1917 à la Compagnie du Chemin de Fer à Orléans qui l'a fait armer à Detroit.
Ramené en France par le capitaine Herbert W. Doyle pour partir de Détroit jusqu'au premier port français en faisant toutes les escales nécessitées par les opérations commerciales.
Parti le samedi 5 mai 1917 de Détroit vers 3 heures PM avec escale à Montréal.
Tout le personnel était américain excepté le capitaine Doyle qui est sujet britannique.
On retrouve le SS Angers le 29 mai 1917 à New-York, le nouveau capitaine sera Walter O'Brien citoyen américain, second capitaine A. Hofre norvégien, avec un équipage composé de Français; hollandais, chiliens, espagnols, colombiens, péruviens, grecs, portugais, anglais.
Puis à bordeaux le 27 juin, à Saint-Nazaire le 17 juillet 1917.
Premier brevet de francisation provisoire 22 août 1917, et francisation définitive le 8 septembre 1917.
Le premier congé n°41 valable pour un an, est accordé au capitaine Le Calvez le 22 août 1917.

 Le second congé n°47 est accordé aussi pour un an au capitaine Aoustin le 29 août 1918.
Lorsque le SS Angers s'échoua sur les Esclassiers, sous le commandement du capitaine Joseph Aoustin, il revenait de Swansea, via Roscanvel chargé de charbon, pour Saint-Nazaire. Et était parti de Saint-Nazaire sur lest le 24 octobre 1918.
Il désarmé le 5 novembre 1918 à Auray n°286.
Voyages du SS Angers inscrit aux congés
25 août 1917 Saint-Nazaire sur lest - Newport
11 septembre 1917 Newport -Saint-Nazaire
22 septembre 1917 Saint-Nazaire sur lest -Newport
11 octobre 1917 Saint-Nazaire sur lest - Swansea
3 novembre 1917 Saint-Nazaire sur lest - Newport
22 novembre 1917 Bordeaux sur lest - Cardiff
13 décembre 1917 Saint-Nazaire sur lest - Swansea
3 janvier 1918 Bordeaux sur lest - Swansea
29 janvier 1918 Bordeaux sur lest - Swansea
18 février 1918 Bordeaux chargé - Swansea
12 mars 1918 Saint-Nazaire sur lest - Port Talbot
2 avril 1918 Saint-Nazaire sur lest - Port Talbot
17 avril 1918 Saint-Nazaire sur lest - Swansea
30 avril 1918 Saint-Nazaire sur lest - Swansea
17 mai 1918 Saint-Nazaire sur lest - Newport
29 mai 1918 Newport - Saint-Nazaire
8 juin 1918 Saint-Nazaire sur lest - Swansea
26 juin 1918 Saint-Nazaire sur lest - Swansea
18 juillet 1918 Saint-Nazaire sur lest - Newport
31 juillet 1918 Newport - Saint-Nazaire
8 août 1918 Saint-Nazaire sur lest - Swansea
19 août 1918 Newport - Saint-Nazaire
30 août 1918 Saint-Nazaire sur lest - Swansea
23 septembre1918 Saint-Nazaire sur lest - Penarth
7 octobre 1918 Saint-Nazaire sur lest - Swansea
24 octobre 1918 Saint-Nazaire sur lest - Swansea

Archives ADLA Nantes
Recherches : André Meignen Donges


Peut être l'Angers quittant St Nazaire?....


L'Angers revenait d'Angleterre et s'était joint au convoi n°11 qui s'était formé en rade de Brest devant Roscanvel. Le lendemain, il talonna une roche de la chaussée des Esclassiers devant Quiberon, par une nuit de mauvais temps.

Voici le rapport de mer fait par le Cdt Aoustin

" Rapport de mer du capitaine du S/S "ANGERS"
Je soussigné AOUSTIN Joseph, capitaine au long-cours, commandant le S/S "ANGERS", déclare être parti de Roscanvel le quatre novembre 1918 à quatre heures trente minutes du matin en convoi N°11. Temps boucailleux, fraîche brise du Sud-Ouest, mer clapoteuse. A six heures 25 doublé la Parquette. A huit heures 25 passé le Raz de Sein. A onze heures trente minutes, avarie de drosse impossible à découvrir, néanmoins le navire peut gouverner et je continue dans le convoi en me tenant à l'écart des autres navires. La brise fraîchit, le temps se met à grains. A douze heures doublé Penmarch, mer très grosse, le navire embarque beaucoup.
Doublé Penfret à quatorze heures quarante. Pen Men à dix sept heures dix. Les Chats à dix-sept heures quarante-cinq. Est et Ouest de Port-Maria à vingt et une heures. Le temps se bouche, perdu de vue le bateau ayant le pilote, marché lentement, gouverné sur Kerdonis.
A vingt-deux heures aperçu la Teignouse et Port-Navalo dans une éclaircie, pris l'alignement et donne dans les passes avec le vapeur "STILBE", diminué de vitesse pour laisser passer le navire.
Le temps se rebouche, perdue de vue Port-Navalo et Teignouse. Le "STILBE"vire de bord sur tribord. Venu sur bâbord pour le parer, puis fait une embardée sur tribord pour redresser la route. Gouverné ensuite au Nord 60° Est du compas, variation 16° Nord-Ouest. Quelques minutes après aperçu à environ trente mètres et à un quart sur bâbord, la Tourelle des Esclassiers. Trop tard pour venir sur bâbord fait arrière toute. Quelques secondes après, le bateau touchait.
Disposé les embarcations, envoyé par sans fil ( " ANGERS échoué sur la tourelle des Esclassiers, équipage en sûreté"). Fait remplir un des ballast arrière et fait pomper aux cales avant.
Au bout de deux ou trois minutes, le navire sort de dessus la roche, mis en route en avant, fait sonder cales et ballast, trouvé de l'eau partout devant. Le navire s'enfonce de l'avant. Rempli l'autre ballast arrière pour faciliter à gouverner, mais impossible de tenir le bateau en route pour tâcher d'atteindre le banc de Quiberon.
Stoppé l'eau gagnant les fourneaux et craignant une explosion, amené les embarcations et fait descendre l'équipage. Envoyé un nouveau radio ( nous coulons). Le bateau s'enfonçant toujours, après m'être assuré que tout mon personnel était dans les canots, je quittais le navire. Je fis déborder les embarcations et restai environ à cinquante mètres du bord. Environ un quart d'heure après les chaudières explosent, le feu prend dans le spardeck. Les panneaux arrière crèvent. Le navire s'enfonce lentement par l'avant et bientôt l'on ne voit plus que l'arrière de la dunette. M'étant éloigné je le perds de vue dans la nuit. A ce moment, le "SAPAJOU" vient nous recueillir, il était environ une heure trente. A sept heures trente, nous étions mis à terre à Port-Haliguen.
En foi de quoi, j'ai fais ce rapport que j'affirme sincère et véritable.

AURAY le 5 novembre 1918.
Le capitaine
Signé : AOUSTIN.""

Recherches André Meignen Donges
ADLA, fond Finances de l'Etat, série P
.

Une partie de sa cargaison fût récupérée en 1920 & 1921, puis la compagnie de sauvetage "France" extirpa une partie de la cargaison de charbon.

Une bouée de signalisation de couleur verte fût posée le 8 avril 1924 sur l'épave pour signaler le danger. Après le dérasement à la cote -13m effectué en 1931 & 32 par le "ROSTRO" de la société Italienne "SORIMA" (Sociéta Ricuperi Marittimi) qui empocha 275000frs pour ce travail, elle fût retirée le 26 avril 1932.

Acte de francisation du 20 Août 1917 ( 175Ko) Origine "Archives départementales de Loire Atlantique"
Mise en place d'une bouée de signalisation 5/11/1918
Rapport de dérasement du 25/04/1932
Rapport de dérasement du 30/04/1932

Suppression de la bouée "Ville d' Angers" 26/04/1932

(Documents extraits des archives des Phares et Balises du Morbihan)

L'épave repose par environ 21m, sur un fond de vase molle. Elle est orientée au 44 et dépasse du fond d'environ 4m (chaudières). La visibilité n'est jamais très bonne car l'épave repose en baie de Quiberon pas très loin du passage de la Teignouse (ceci explique cela...). Elle est répertoriée par le Shom sous le n° 14572-001 Sa position est 47° 27' 877N - 002° 58' 978W (E50).

    Vidéo d'1.44mn des chaudières

Galerie photos de l'épave


Avec Google Earth