Dans le courant de l'été 2003, je suis contacté par des plongeurs qui pensent avoir trouvé une hélice d'avion d'assez grande taille. L'objet se trouve en baie de Quiberon (le lieu exact ne sera pas encore diffusé) à moins de deux nautiques de la côte.
Avec un ami passionné d'histoire contemporaine, Eric Le Gall responsable du GRAHMBS (association d'archéologie sous-marine du Morbihan), nous décidons de nous rendre sur le site afin de procéder à des prises de vue car une hélice, et peut être un avion sur le littoral breton est chose extrêmement rare.

Début Juillet nous effectuons une première plongée à la position indiquée. Equipés de blocs gros volume, nous quadrillons la zone sans trouver la moindre trace d'hélice...
Au bout d'une heure de plongée, du sable et des algues, la clarté de l'eau est pourtant exceptionnelle car, ce jour, nous avions presque 10m de visibilité. Puis soudain un monticule recouvert d'une algue ressemblant à de la "mousse" attire mon attention. Je m'approche et découvre, des pièces métalliques semblant appartenir à un moteur.
Je décide de le nettoyer en dégageant les algues qui recouvrent presque entièrement l'objet.
En moins de 10mn, apparaît sous nos yeux, un moteur relativement en mauvais état mais où l'on peut voir quand même plusieurs chemises de cylindres. La configuration est du type "étoile", mais il n'est pas possible de compter le nombre de cylindres.

Mon co-équipier qui avait continué la recherche de l'hélice pendant le nettoyage du moteur, me rejoint et me fait comprendre qu'il vient lui aussi de trouver quelque chose. Mais à mon grand regret, je n'ai plus d'air et décide, à contre coeur, de remonter à la surface.
Sécurité oblige, mon binôme en fait autant...

En surface, les yeux encore remplis des images de cette découverte, il me dit qu'il a vu un moteur de grande taille qui se situerait à quelques dizaines de mètres de l'endroit de la première découverte.

Dans les jours qui suivent, la déclaration de la découverte de l'avion est faite auprès des affaires maritimes.
Sont déclarés co-inventeurs du site, les deux chasseurs s/marins, E. Le Gall et H. Severe.

Quelques jours plus tard, avec une certaine fébrilité, nous replongeons sur le site avec pour objectif de localiser le second moteur et peut-être l'hélice "fantôme". Le point GPS relevé lors de notre première plongée, nous permet de mouiller notre bateau pratiquement à la verticale du premier moteur.
Après seulement quelques minutes de recherche, un moteur nous apparaît posé sur le sable et lui aussi, recouvert de la même algue "mousse".
Nous décidons de la nettoyer, pour effectuer des photos qui serviront à son identification. La tâche n'est pas facile, et il nous faut bien 20mn à deux pour nettoyer une bonne partie du moteur.
En dégageant la verdure subaquatique qui entoure le moteur, nous mettons à jour les restes de ce qui semble être, un train d'atterrissage.

Les photos prises, nous nous remettons à la recherche de l'hélice et recommençons un quadrillage systématique de la zone à partir de la dernière découverte.

Notre ténacité paye enfin . L'hélice aperçue par nos amis, se trouve sous nos yeux. Elle comporte trois pales qui sont toutes recourbées. Curieusement aucune algue ne les recouvre, le moyeu et la partie inférieure sont, eux par contre, colonisés par le même "mousse". Chaque pale mesure environ 1.60m, et l'ensemble dépasse les 3m d'envergure.

Plusieurs plongées sont effectuées pour effectuer des séries de photos, mais maintenant se pose la question de trouver l'origine de l'avion.

Des recherches sont effectuées en archives et des contacts sont noués avec des spécialistes de l'aviation de guerre.
La particularité du moteur, qui possède 14 cylindres en étoile sur deux plans, nous permet de dire qu'il s'agit d'un moteur "Bristol Hercules".
Ce type de moteur équipait les "Beaufighter, Halifax, Stirling et certains Lancaster". L'identification du type de l'avion qui se trouve en baie de Quiberon ne se fera, d'après les spécialistes, qu'après un relevé précis des mesures du train d'atterrissage.

Depuis la découverte, un grand nombre de contacts ont été pris avec des spécialistes afin d'identifier l'avion.
Après une étude approfondie de la structure d'un des moteur, il est apparu qu'il s'agissait, non pas d'un bristol "hercules", mais d'un bristol "taurus". La forme des culasses a permis de différencier les deux moteurs. Ce type équipait, entre autre, les bombardiers Bristol beaufort, qui ont sévi sur nos côtes durant la seconde guerre mondiale.
Fait notable, qui m'a été signalé par Elie Coantic, personne oeuvrant pour le musée de Quiberon, il existe au cimetière de Quiberon, plusieurs tombes d'aviateurs Anglais, dont trois d'un même équipage qui aurait été abattu le 2 Décembre 1941.
Fait troublant, cet équipage volait sur un Bristol Beaufort et effectuait un raid sur Nantes. L'avion portait le n° AW 216.

Sépultures des trois aviateurs au cimetière de Quiberon. Les tombes ont toujours été entretenues et fleuries.

 

 

 

 

Un des deux témoins oculaires,
nous expliquant, sur le quai de
Port Haliguen ce qu'il a vu la nuit
du 2 décembre.

 

Galerie photos de l'avion

Vidéo de l'hélice 49sec

Vidéo d'un des moteurs 78sec