C'est en fin d'après midi, le 6 Mai 1930, que le chalutier à vapeur "Locqueltas" quitte le port de Lorient pour se rendre sur ses lieux de pêches . Empreintant la passe Ouest , il est suivi par le cargo "Formigny" qui lui aussi quitte Lorient pour Brest.

Personne ne soupçonne encore la catastrophe qui va se produire à quelques centaines de mètres de la tourelle du Grasu située entre Larmor Plage et Lomener.
La cause de ce naufrage n'est pas clairement établie car, à la lecture des rapports de mer des deux commandants, l'histoire de ce naufrage, diffère sensiblement.

"Récit du Cdt. Octave Barnici du Formigny"

Le Formigny quittait Lorient vers 16h10, se rendant à Brest, lorsque le commandant aperçut sur tribord le chalutier Locqueltas qui quittait également Lorient pour se rendre sur les lieux de pêche en faisant route parallèlement à lui.
Le commandant constata bientôt avec étonnement que le Locqueltas lui coupait la route et passait sur son avant bâbord. Il n'aperçut personne à la barre dans l'abri de navigation ni sur le pont du navire qui semblait naviguer sans équipage.
Faisant des lacets étonnants autour du cargo, le Loqueltas lui aurait coupé la route à trois reprises différentes passant tantôt de bâbord à tribord, tantôt de tribord à bâbord ou reprenant la route parallèle à la sienne.
Le Cdt Barnici parvint à éviter le chalutier à plusieurs reprises et au moyen d'un porte-voix ordonnant au patron du Loqueltas de cesser " les manœuvres inqualifiables "
  , mais ce fut en vain et continuant sa route désordonnée, le chalutier revint une dernière fois se placer devant l'étrave du Formigny.
Le Cdt Barnici stoppa puis battit en arrière, mais il ne put éviter l'abordage. Le choc fut faible et aucune secousse ne fut ressentie à bord du cargo. Cependant le Locqueltas avait été frappé à mort. L'équipage de 10 hommes se précipita sur le pont et mit les embarcations de sauvetage à la mer tandis que le Cdt du Formigny prenait les mêmes dispositions.
Il offrit au patron et aux hommes du chalutier de les prendre à son bord, mais ceux-ci refusèrent, préférant prendre place sur un bateau de pêche qui venait d'arriver sur les lieux.
Le Locqueltas sombra lentement par l'arrière et disparut dans les flots à 17h23.

Rapport de mer du Cdt du Locqueltas

Je soussigné YVON Eugène, patron du chalutier à vapeur Locqueltas, immatriculé à Lorient sous le n° 520 déclare ce qui suit: "Je suis parti de Lorient le 6 Mai vers 17h, à destination des lieux de pêche. J'ai vu dans les passes de Lorient un cargo sortir après moi et sortant par la même passe (Ouest). J'étais sur la passerelle avec l'homme de barre et nous marchions à une allure de 5 noeuds. Après avoir doublé la bouée noire en face des Trois Pierres, j'ai mis le cap à l'Ouest au compas pour parer Pen-Men. Mon cap pris, j'ai continué ma route et me trouvais au travers de la tourelle du Grazu, beau temps, belle mer, lorsque je remarquai que le cargo que je voyais venir par bâbord arrière, avec une vitesse supérieure à la mienne, se rapprocher très rapidement de moi. Son cap était légèrement plus Nord que le mien.
En raison de sa vitesse que j'estime avoir été double de la mienne, la distance qui nous séparait diminua rapidement.
Lorsque j'ai vu le cargo à environ 10m de moi, voyant que le navire ne manœuvrait pas, et pour tâcher d'éviter l'abordage qui me parut alors imminent, j'ai appuyé sur tribord en donnant au chef l'ordre de mettre les machines en route toute.
  "Il me répond que c'est fait".
Presque immédiatement le cargo, au lieu d'appuyer sur bâbord pour me doubler et sans un coup de sifflet, vient m'épauler à hauteur de la forme bâbord arrière et par vitesse emporté, fit pirouetter le Locqueltas qui se trouva mis en travers par le milieu de la machine sur l'étrave du cargo qui enfonça les bordées en lui faisant une grande voie d'eau.
J'ordonne de mettre les pompes en action pour épuiser l'eau qui s'engouffrait dans le bateau, mais impossible d'y parvenir car la chaufferie fut envahie par l'eau, paralysant la machine et les pompes.
Il était alors environ 17h30. Je me suis rendu compte du danger et j'ordonnai de mettre le canot à la mer pour sauver l'équipage, car le bateau coulait déjà par l'arrière et disparut au bout de dix minutes environ...

 

Aujourd'hui, il ne reste plus grand chose de ce chalutier en bois, car la coque à complètement disparu. On peut encore voir la chaudière, le moteur ainsi que l'arbre d'hélice. L'épave repose par 18m de profondeur et sa position (wsg84) 47°41 046N - 003°24 962W . Elle est répertoriée par le Shom sous le N° 14573102.

Galerie photos sous-marines du "Locqueltas"

Document d'archive relatant l'abordage du Locqueltas (Archives des Phares & Balises du Morbihan)